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Le développement comportemental du chiot, tout se joue avant 4 mois – Le syndrôme de privation

Aujourd’hui, nous allons parler cerveau, neurones, synapses et surtout développement comportemental.
Dans le cadre de mon métier je suis de plus en plus souvent confrontée à des chiens (toutes races confondues) présentant plus ou moins sévèrement une pathologie appelée SYNDROME DE PRIVATION SENSORIELLES

Qu’est-ce que c’est que ça ?
C’est une pathologie invalidante du développement comportemental, se résumant à une impossibilité pour l’animal à gérer les informations sensorielles perçues dans son environnement et de là à adapter son comportement en milieu inconnu ou face à des situations nouvelles. Le chien montre de la peur quand il est en présence de certaines stimulations. Souvent des stimulations très banales de la vie courante.
C’est une pathologie, oui, mais elle n’a rien à voir avec un problème physiologique à l’origine. Le chiot est en parfaite santé, ni sa génétique, ni sa lignée ne sont en cause. En revanche, les conditions d’élevage et de détention durant les 4 premiers mois de sa vie eux le sont directement.
Le syndrome de privation sensorielles est dû à un développement cérébral (qui se déroule durant les 4 premiers mois de vie pour les chiens et chats, en moyenne 10 ans pour l’humain) en environnement hypo-stimulant, ce qui engendre un seuil de tolérance au stress très/trop bas. C’est le syndrome du chien élevé à la campagne, et qui va vivre en ville.

Comment ça fonctionne ?
Tout être vivant possédant un cerveau dit évolué naît avec un cerveau totalement fonctionnel. Il possède tous ses neurones, connectés à autant de synapses. Mais toutes ces connections et spécialement celles liées au comportement ne sont pas encore activées. Elles le seront au fur et à mesure que l’environnement du chiot stimulera une connexion et ainsi l’activera.
Schématisons un peu pour simplifier les choses.
Imaginez une énorme encyclopédie, contenant un nombre de pages incalculables, mais de pages vierges.
Cette encyclopédie a pour rôle de recueillir toutes les informations environnementales sensorielles dont l’animal, ici le chiot, va avoir besoin pour gérer le stress émotionnel occasionné par les choses/situations inconnues.
Plus l’encyclopédie sera fournie, plus l’animal adulte sera équilibré parce qu’il pourra aller chercher dans son encyclopédie l’information, la référence, nécessaire à appréhender la situation. S’il y trouve l’information voulue, ou une information très ressemblante, il peut savoir comment réagir. S’il ne la trouve pas, l’émotionnel prend le dessus et dirige les choses, avec les comportements et conséquences qui en résultent.
Les choses se compliquent encore un peu quand on sait que TOUTES les stimulations activant ces connexions s’inscriront dans l’encyclopédie. Qu’elles soient positives, ou traumatisantes. Il faut donc faire en sorte que les expériences de la vie soient expressément positives. Surtout entre les 7èm et 12èm semaines de vie.
Comme si les choses n’étaient pas encore assez compliquées, ces fameuses connections sont munies d’un programme, génétique lui, d’auto-destruction. Le programme suicide. La vie ne peut se permettre d’entretenir quelque chose d’inutile. Alors aux environs de l’âge de 4 mois (chez les chiens et chats, 10 ans chez l’humain) toutes les connections qui n’ont pas encore été activées vont s’auto-détruire petit à petit, que l’encyclopédie contienne 12’000 pages ou 12. Ce processus ne se fait pas en 3 jours, mais il est irréversible. Une fois détruite, une connexion ne peut être reconstruite.

La sociabilisation (telle que éleveurs et propriétaires la comprennent, à savoir accepter tous les chiens et humains possible) que l’on accuse de tous les maux n’est qu’une partie de cette activation. Oui un chien qui ne côtoie pas de congénères de toutes races pourra avoir un souci de socialisation. Mais un chien qui a peur des pétards par exemple, ou peur de se déplacer en voiture, on dit rarement qu’il est mal sociabilisé. Et pourtant si. La sociabilisation n’est pas que connaître les vaches, les gens, les congénères. C’est aussi connaître des sons, la ville, tous les transport possible existants, etc.
Mais balancer un chiot de 2 mois sous un feu d’artifices n’est pas la solution, bien au contraire d’ailleurs, s’il n’en a pas entendu en milieu sécurisé AVANT.

Comment écrire cette encyclopédie ?
L’éleveur a une énorme responsabilité dans ce travail, parce que cette écriture doit commencer bien avant 8 semaines.
Dès la naissance, l’éleveur manipule les chiots. C’est bien. Pour autant que cela soit fait en douceur, que le chiot y prenne du plaisir.
Mais dès trois semaines, les chiots DOIVENT être mis en contact avec des sols, paniers, etc en matière diverses et variées. Ils doivent avoir une vie de famille (je sais, cette satanée loi exigeant une nurserie et des chenils extérieurs à la maison nous en empêche) afin d’entendre dès son plus jeune âge les bruits qui feront partie intégrante de son futur environnement (casseroles qui s’entrechoquent dans lévier, télévision, enfants qui jouent…..)
Ils doivent avoir un accès à l’extérieur, pour en apprendre les odeurs, les contacts différents, les bruits.
Si vous habitez en rase campagne, il existe des cd de bruitages spécialement conçus pour la stimulation sensorielle des chiots. Passez les leur tous les jours.
J’entends déjà le taulé que je vais engendrer mais…. EMMENEZ VOS CHIOTS EN VILLE !
Pas besoin de les laisser se balader sur les trottoirs, mais un vary kennel, un parking en centre ville, la portière ouverte….. que les chiots voient, entendent, respirent la ville. Pas besoin d’aller en plein centre de Paris, mais le gros village du coin, un jour de marché, avec vous assis à leurs côtés pour leur parler, les rassurer, voir leur donner leur repas en même temps. Découvrir ça à 8 semaines, qui est une période critique de sensibilisation de surcroît, dans leur nouvelle famille qu’ils doivent découvrir aussi, c’est un vrai traumatisme pour eux. Traumatisme qui peut laisser des traces indélébiles dont lui et ses futurs humains souffriront à vie.
Emmenez les se balader aux abords des écoles à l’heure de la récré, aux abords des gares, à une heure calme mais où ils peuvent entendre/voir les trains passer.
Construisez pour eux un parc aventure dans un enclos, avec des jeux pour bébés pleins de couleurs, formes, matières différentes. Fabriquez des boites à odeur.
Tout, absolument tout ce qui peut les stimuler et donc commencer à écrire une encyclopédie riche, variée, et hautement référencée est à mettre en place. Cela fait partie de votre job, je dirais même que c’est aussi important que le choix du mariage, l’alimentation, la génétique de la lignée.

Propriétaires, votre rôle est tout aussi important !
A l’arrivée de votre chiot, accordez lui 2-3 jours pour s’acclimater AU CALME dans son nouvel environnement puis continuez et complétez le travail des éleveurs. Sortez le en différents endroits, qu’il rencontre toutes sortent de gens, d’enfants, de grands et petits chiens, des gros poilus, des moyens au nez écrasés, des rikikis tout nus ; qu’il découvre plein de lieux différents. Si vous vivez en campagne emmenez le souvent en ville, si vous vivez en ville emmenez le souvent en campagne voir les vaches, les moutons, les chevaux. Continuez à écrire les pages de son encyclopédie. Plus elle sera volumineuse, plus la tolérance de votre chien au stress sera élevée. Faites juste attention à ce que se soit le plus positif pour votre chiot. Une mauvaise expérience ne sera pas dramatique. Sa répétition en revanche…..

Attention, sociabiliser un chiot ne veut pas dire l’encourager à aller dire bonjour à TOUS les chiens/gens qu’ils croisent. Pensez qu’en grandissant, les gens sont moins enclins à le trouver « trop mimi le bébé chien». Mais lui aura pris l’habitude d’aller dire bonjour, et ne comprendra pas pourquoi il ne peut plus. Sociabiliser signifie juste prendre l’habitude de croiser toute sorte de gens/races de chiens/ espèces différentes/ voitures, motos vélos, trotinettes, en mouvements/enfants qui jouent/bruits de la ville sans que cela ne soit plus émotionnant que ça pour lui.
Pensez aux gens en béquilles, en chaises roulantes etc dans sa sociabilisation…

Et sur le plan clinique ?
Le syndrome de privation se présente en trois stades de gravités.

Stade I, Les phobies
L’animal montre des réactions de peur face à des stimuli bien identifiés.
Nous y retrouvons les manifestations phobiques habituelles telles que
– tremblements, mictions, défécations
– fuites, inhibition
– agression par peur
En dehors de ces expositions aux stimuli, le chien a des comportements NORMAUX.
Les sorties peuvent être difficiles, le chien a peur (vélos, pousettes, etc). Il panique, sursaute.
Il peut être malpropre, conséquence des sorties difficiles mais aussi du fait que le chien est trop occupé à surveiller ce qui pourrait survenir dans son environnement pour penser/oser faire ses besoins. Il se peut aussi qu’il fasse pipi à la maison sous le coup de l’émotion trop forte.
Il peut aussi être agressif envers l’objet de sa peur (humain tel qu’enfant, personne a chapeau, chien…..)
Un exemple : Max a peur en voiture. Il est parfaitement à l’aise à la maison, mais sitôt qu’il doit monter en voiture son comportement change, émettant des signaux de peur/stress. (phobie simple). Ou alors Max à peur des gens en béquilles pouvant aller jusqu’à les agresser. (phobie simple)
Il se peut malheureusement que le chien passe d’une phobie simple à une phobie complexe.
Max émet des signaux de peur sitôt que son humain attrape les clefs de la voiture. Ou sitôt que son humain emprunte le chemin qui mène au lieu où il sait qu’il va rencontrer des gens en béquilles. Max anticipe la situation phobogène.

Stade II, L’anxiété
Les réactions sont analogues à la peur mais apparaissent en réponse à toutes variations du milieu, qu’elles soient interne (à la maison) ou externe (dehors). L’animal est toujours en alerte, sursaute pour un rien (hypervigilance)
Les stimuli ne sont pas toujours identifiables. L’état anxieux est permanent. On remarque :
– Etat d’inhibition, c’est-à-dire que le comportement exploratoire est diminué ou absent.
– Postures typiques telles que postures d’expectative, exploration statique.
– Incapacité à supporter les changements, tels que changer de parcours de balade, partir en vacances, aller en we chez des amis.
– Le chien présente souvent des plaies de léchage, signes d’une activité de substitution, activité ayant pour but de s’apaiser.
– Malpropreté (voir stade I)
– Destructions, vocalises liées à un hyperattachement secondaire (le chien ne s’apaise qu’en présence d’une personne ou d’un animal précis. Sans lui il panique)
– La prise de nourriture est souvent nocturne, quand le chien est « seul »

Stade III, La dépression
Ces cas sont rares mais ils existent.
Ce stade est caractérisé par un état dépressif. Le chien est totalement inhibé, rien ne le sort de son état. Il ne bouge pas, ne mange pas, ne boit pas, fait ses besoins sous lui. C’est typiquement le chiot prostré à son arrivée dans sa nouvelle maison (plus de quelques heures, le chiot timide à son arrivée est à prendre en considération mais pas d’affolement si cela ne dure pas plus de 24h).
C’est une urgence médicale, son pronostique vital est engagé. Sans soin, le chiot meurt en 3 jours.

A tous les stades, le socialisation est difficile, cela engendre d’autres affections comportementales consécutive au syndrôme de privation sensorielles, telle que l’agressivité congénère.

Les traitements existent, à tous les stades. Les stades II et III ne sont pas guérissable, mais on peut stabiliser les choses. En fonction de la gravité de l’atteinte, on envisagera une thérapie comportementale, mais on peut y associer une thérapie chimique qui en diminuant son stress aidera le chien/chiot à apprendre .
SEUL UN VETERINAIRE-COMPORTEMENTALISTE PEUT DIAGNOSTIQUER UN SYNDROME DE PRIVATION SENSORIELLE, SON STADE ET DETERMINER LA THERAPIE A METTRE EN PLACE. Plus le diagnostique est rapide plus les chances d’évolution positive sont grandes. Au moindre doute, consultez. N’écoutez donc pas aveuglement votre éleveur, éducateur, ami qui vous dit d’être plus ferme, de ne pas rassurer, de forcer le chien/chiot à se confronter à sa peur, que c’est un problème d’éducation, et j’en passe. ALLEZ CONSULTER!

Amitiés et transmettez mes papouilles à vos compagnons à 4 pattes.

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